Sainte Croix centre d'étude et de prière orthodoxe

Textes des intervenants du séminaire "Ecologie et Spiritualité"./textes-intervention-spiritualite-ecologie.pdf">Textes des intervenants du séminaire "Ecologie et Spiritualité

Juillet 2009

Vous pouvez découvrir dans les pages suivantes tout le contenu des interventions de ce séminaire de Juillet 2009

Session : Ecologie et Spiritualité du 26 au 30 juillet 2009

Sommaire :

   Introduction

   thèmes des interventions

   L’homme et sa création

Constat

Causes de la crise

Rappel des fondements ontologiques

Unité du vivant

La place de l’homme dans l’univers

La sacralité du cosmos

Dieu en sa création : panthéisme et panenthéisme

Nous sommes des pèlerins

Pour une mutation en actes

   Evangile Matthieu 14 versets 13 à 21

   Economie et Spiritualité

   Evangile Matthieu 25 versets 14 à 30

   Education et Spiritualité

   Evangile Luc 2 versets 41 à 52

ECOLOGIE ET SPIRITUALITE : VERS UN NOUVEAU MODE DE VIE

La crise de ce début du XXIe siècle met en évidence le caractère erroné d’un système basé sur une croissance illimitée à partir de ressources finies qui s’épuisent. Système qui a réduit l’homme au statut de producteur-consommateur et le monde à un ensemble de marchandises. Plus que jamais nous sommes conviés à changer notre regard sur l’homme, le cosmos et à nous interroger sur le sens de l’existence. Défi qui doit nous conduire au delà des prises de conscience nécessaires à un changement de mode de vie. Pour relever ce défi, nous vous proposons 4 jours de réflexion, partage et élaboration afin d’ouvrir l’avenir.

Une équipe s’est réunie pour préparer cette rencontre et élaborer le programme de ces 4 jours que vous trouverez ci-après.

Auparavant nous devons préciser le contenu que nous donnons aux deux mots clés : écologie et spiritualité.

L’écologie, pour nous, ne se résume pas à la science de l’environnement, elle s’étend à l’ensemble du monde vivant et s’intéresse particulièrement aux inter-relations et inter-actions entre les différents règnes : minéral, végétal, animal et l’homme. De ce point de vue, elle fait le lien entre différentes disciplines : la biologie, la chimie, la physique, l’économie…son mode est la transdisciplinarité. A ce titre, nous pouvons la définir comme une science du vivant. Ecologie vient de oïkos qui signifie maison, habitat, et aussi patrimoine. Ce mot nous renvoie à la notion de création comme habitat de l’être humain.

La spiritualité, pour les chrétiens, a pour finalité la déification de l’homme et la transfiguration du cosmos par « l’acquisition de l’Esprit de vie ». Elle consiste en une dynamique de croissance, de conscience, de purification et de transformation intérieure qui permet à l’être humain de conquérir son intégrité, son unité intérieure et de s’enraciner dans la relation à Dieu plus intime à lui-même que lui-même et en même temps Tout Autre. Nous l’envisageons, en référence à la Tradition patristique, comme une quête de vérité dans une interrogation créatrice qui associe tous et ne rejette personne. Chacun étant l’expression du mystère de la présence de Dieu.

Thèmes des quatre interventions :

"L’Homme et la création" avec Père Philippe Dautais

Jamais dans l’histoire, l’homme n’a été autant confronté aux conséquences de son action sur le monde. Il nous suffit d’ouvrir les yeux pour constater la logique dans laquelle nous sommes et ses effets. Cependant pour opérer la transformation nécessaire, nous devons intégrer ce que nous avons bafoué : la sacralité de l’homme et du cosmos. Quelques réformes ne suffiront pas, car avant tout, nous traversons une crise des valeurs. Un changement de regard et de mode de pensée fondés sur de nouvelles bases anthropologiques s’avère nécessaire pour sortir de l’esprit de profit et de dévoration et entrer dans un mode solidaire de partage et d’équité. C’est pour chaque être humain le moment le plus propice pour retrouver sa vraie dimension et sa vocation d’accomplissement au service de l’humanité et de la transfiguration du monde.

"Economie et spiritualité" avec Emmanuel Lomüller

Les événements que le monde traverse et auxquels chacun de nous est confronté (crise financière, chômage, compétition, privatisation de biens universels, brevets posés sur le vivant,…) mettent en lumière d’une manière incontestable les limites d’un système dans lequel l’Homme n’est inscrit que comme un moyen au service d’une finalité unique : le profit. Dans ces phases d’incertitudes et de risques majeurs, l’être spirituel s’invite dans le débat pour y affirmer son identité, sa vision d’un monde capable de mutations positives et se doit d’agir comme force de propositions concrètes pour poser les fondements d’une nouvelle relation entre les personnes dans une économie repensée.

"Education et spiritualité" avec Ludmyla Lesourd

On a fait dire à Malraux : « le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas. » Il voulait simplement dire que si l’humanité ne trouvait pas un type exemplaire d’homme, le monde ira mal. Il affirmait par là que la tâche du XXIe siècle serait de réintroduire le divin, le religieux dans l’homme, il attendait l’avènement d’une nouvelle spiritualité aux couleurs de l’homme, spiritualité qui est peut-être en germe, mais qui est encore bien étouffée en ce début de siècle par la fureur du choc des identités religieuses traditionnelles. Ne pourrait-on pas paraphraser Malraux et dire la même chose de l’éducation : « L’éducation au XXIe siècle devra être spirituelle ou l’humanité n’adviendra pas » Deux questions essentielles se posent alors, elles constitueront l’axe de notre réflexion : comment l’éducation nationale et l’éducation Montessori répondent-elles à ce besoin ?

"Pour une mutation intérieure" avec Annick de Souzenelle

L’homme peut-il se réconcilier avec la nature sans se réconcilier d’abord avec lui-même ? Peut-il apporter un remède à la crise actuelle s’il n’a pas découvert de quoi il est malade ? Pour tracer les étapes d’une mutation intérieure vers l’essentiel, il est en premier lieu nécessaire de revisiter les textes fondateurs et de se laisser éclairer par les mythes et la lecture symbolique. Seuls un changement de regard et une transformation personnelle peuvent nous conduire à un monde renouvelé.

Lundi 27 juillet 2009 : L’Homme et la création Intervenant : Père Philippe Dautais

Introduction :

Très heureux de vous accueillir pour ce temps de réflexion ensemble sur le thème de écologie et spiritualité. Votre réponse spontanée à cette proposition nous a enchantés. Aussi, nous abordons ces quatre jours dans la joie de nos rencontres qui, j’en suis sur, seront fructueuses. J’aimerais rappeler les précisions sémantiques que nous vous avons transmis dans la lettre d’invitation.

1-le mot écologie est à entendre comme la science du vivant, il ne se réduit pas à la sensibilité à l’environnement. L’écologie nous appelle à une alliance nouvelle avec le vivant.

2-La spiritualité est à entendre comme dynamique d’ouverture de conscience puis de déification dans le Souffle de l’Esprit Saint. La spiritualité nous appelle à un changement de regard et de comportement.

A - Constat Il est peu de dire que nous sommes dans un temps de mutation face à un défi sans précédent dans l’histoire de l’humanité que nous appelons « crise ». Crise, vient du mot Crisis qui signifie : phase décisive d’un processus et nécessité d’un discernement. Fin d’une logique qui appelle un changement guidé par un nouveau regard, une nouvelle vision. La vocation de la crise est de purifier et de faire grandir, d’amener à des prises de conscience pour une réorientation vers la vie. Nous sommes conviés à un changement de perspective, de direction, à un changement de cap, à sortir de la logique du profit et de la consommation pour se mettre au service du vivant, de la justice et de la paix, pour promouvoir les valeurs proclamées dans l’Evangile. « Nous avons pleinement exploité un capital matériel fini, il nous faut désormais travailler avec le capital spirituel qui est infini, parce que nous avons une capacité infinie à aimer, à vivre ensemble en tant que frères et à pénétrer les mystères de l’univers et du cœur de l’homme » Miguel D’Escoto Brockmann, Président de l’Assemblée générale des Nations Unies (G192).

  Le premier pas est de sortir du déni et de prendre au sérieux le constat que nous pouvons faire de l’état de la planète. Pendant ces deux dernières années, nous avons pris conscience collectivement des impacts de notre mode de vie sur l’environnement qui ont pour effet la modification du climat, le pillage des mers, la disparition des espèces, la destruction de la forêt primaire, la pollution par les pesticides, le pétrole, l’augmentation exponentielle de la consommation de l’énergie…

  Le deuxième pas, celui qui nous concerne aujourd’hui, consiste à poser des actes pour un respect du vivant, de la nature, de l’eau, de l’air, du végétal, des espèces animales. Certains ont déjà mis en pratique des gestes écologiques tels l’économie d’eau, d’électricité, de chauffage, le tri des déchets, d’avoir une nourriture plus biologique et moins carnée, de récupérer l’eau de pluie, d’installer des panneaux solaires… de devenir un consom’acteur.

  Le troisième pas est un engagement au service du vivant, de tous les êtres dans un mode de vie renouvelé qui respecte totalement l’écosystème et soit promoteur de nouvelles valeurs. Nouvelle voie fondée sur la sobriété et la simplicité heureuses, sur l’éveil spirituel, sur l’ouverture à la sacralité du cosmos, sur la solidarité et le partage, sur l’intelligence du vivre ensemble. A bien y regarder, la crise n’est pas d’abord écologique, elle est une crise des valeurs, une crise cosmo-anthropologique et pour tout dire une crise spirituelle. Pour le dire autrement, il n’y a pas d’écologie externe sans écologie intérieure. Nous devons reconsidérer notre relation à la terre nourricière et notre mode d’existence.

B - Causes de la crise : Trois facteurs ont présidé à la dérive actuelle : la toute puissance, l’avidité et l’esprit de prédation. Nous pourrions tout autant parler d’égoïsme et de cupidité. Or, ces dérives expriment les passions humaines qui se sont investies dans la recherche du profit et des richesses extérieures plutôt que de s’appliquer à l’amour du prochain et au service de tous les êtres, du vivant. Maxime le Confesseur, déjà au 7e siècle, l’exprimait de la manière suivante : « Nous avons préféré les choses matérielles et profanes au commandement de l’amour et parce que nous y sommes attachés, nous luttons contre les hommes alors que nous devrions préférer l’amour de tous les hommes à toutes les choses visibles et même à notre corps »(1). Il soulignait que la convoitise conduit vers l’inimitié voire la haine de l’autre. Elle nous fait considérer notre prochain comme un rival, un concurrent puis finalement un ennemi. Elle introduit donc une déviation et un mensonge. Déviation car elle nous fait haïr au lieu d’aimer. Mensonge, car elle nous présente l’autre comme un étranger, alors même que nous participons avec lui de la même chair, de la même humanité. La terre subit l’action dévastatrice de l’homme. La racine de la situation actuelle est dans le cœur de l’homme, c’est donc par un changement d’état d’esprit et une élévation de la conscience que nous pouvons espérer une issue positive et salutaire. Les prouesses technologiques aideront mais ne modifieront pas la logique actuelle. Le militantisme écologique et citoyen est nécessaire mais insuffisant, le véritable enjeu est plus profond, il touche au cœur de l’homme : il est spirituel.

La planète ne peut pas suivre le rythme du prélèvement des ressources naturelles. Nous sommes en train de les épuiser. Nous vivons au dessus de nos moyens, nous sommes en train de dépasser les possibilités offertes par la planète terre. Celle-ci, selon Pierre Rabhi, n’a pas la ressource d’offrir à tous les hommes le style de vie prédateur qu’un petit cinquième de l’humanité s’est arrogé, sur le dos de la majorité. Les politiques, toujours selon Pierre Rabhi, continuent à nous faire croire que l’on peut avancer dans la même logique économique, qui épuise la Terre, alors que nous devons impérativement changer de direction au regard de la situation présente.

C - Rappel des fondements ontologiques :

1 -Unité du vivant et diversité des espèces.

Tout est en inter relation, tout est en équilibre, chaque espèce végétale et animale a sa place. Le vivant est composé des mêmes molécules de base. Cela explique qu’une espèce puisse se nourrir d’une autre : en digérant, la première réutilise les éléments de la seconde, mais en la réarrangeant à sa manière. Nous ne pouvons pas vivre sans l’air, sans l’eau, sans les espèces végétales et animales. Or, une espèce disparaît toutes les 18 mn alors même que nous n’avons pas encore découvert le quart de la richesse de la bio-diversité. C’est dire que nous sommes assez ignorants des pertes que nous engendrons. Même si, dans les apparences, nous pouvons dissocier différents éléments de la création, dans la profondeur, rien n’est séparé, le cosmos est UN. La disparition des espèces a et aura des répercussions sur l’homme au delà de ce que nous croyons.

2 -La place de l’homme dans l’univers

Selon la révélation biblique, l’homme fut créé le 6e jour dans la continuité des règnes précédents. Il est partie constituante du cosmos, il fait corps avec. Il est connaturel à l’univers et tissé des mêmes composants. La sagesse ancienne a parlé de l’homme comme micro-cosmos pour dire à la fois qu’il fait un avec le cosmos, qu’il en est l’aboutissement et qu’il le récapitule. Dieu appelle l’homme à nommer les Hayoth, toutes les énergies de vie, à devenir conscient du cosmos qui le constitue pour l’intégrer. L’homme est pour le cosmos la possibilité de prendre conscience de lui-même. L’être humain porte en lui une capacité qui n’est pas de ce monde, il porte en lui une dimension qui échappe à l’emprise cosmique et le situe dans la responsabilité de spiritualiser le cosmos. Il est capable de conscience, d’intelligence, de responsabilité, de sensibilité, d’imagination créatrice, de compassion, de don de soi, d’amour. Toutes les cultures reconnaissent le caractère spécifique et inaliénable de la dignité de l’humanité. Cette dimension est appelée dans la Bible : image de Dieu.
  L’homme a été mis à part en recevant la vie par une insufflation divine : nichmat rayim (Gen 2/7). Il a une position particulière dans le cosmos. Dieu « l’a revêtu de gloire et d’honneur et l’a fait régner sur l’œuvre de tes mains (Ps 8/6). L’homme est créé à l’image et capable de ressemblance : don inaliénable et vocation à accomplir. A la fois terrestre et céleste, il a pour vocation de sanctifier le monde et d’élever la création vers son Créateur. L’humain a une double origine : il est tissé des éléments cosmiques, poussière d’étoiles et il est créé à l’image de Dieu, capable de transcendance. Il est terrestre et céleste. Il ne peut être réduit à l’un ou à l’autre. Sous le prétexte que nous avons en commun 99% de notre patrimoine génétique avec le chimpanzé ou que nous partageons 70% de nos gènes avec l’oursin, nous ne pouvons pas être assimilé à ces deux espèces animales. Nous pouvons nous extasier devant l’intelligence du dauphin, du singe, du perroquet, du rat, pour autant l’homme, même handicapé, peut accéder à une transcendance, il peut s’éveiller à une dimension métacosmique. Sa mission est de « garder et de cultiver » la terre. Elle consiste à gérer le patrimoine commun au service de tous les êtres. L’homme se doit d’être le gardien de la vitalité et de l’intégrité de la terre nourricière. Malheureusement, en raison de la recherche d’intérêts égoïstes et par cupidité, une minorité a exploité excessivement les ressources naturelles et s’est livré au gaspillage à tel point qu’il faudrait 3 planètes si l’humanité voulait adopter le mode de vie occidental.

  L’unité ontologique de l’humanité en Adam. « Nous qui constituons une unique nature, nous nous dévorons réciproquement comme des serpents » saint Maxime le confesseur.

D’autre part, la Bible voit en Adam à la fois chaque être humain et toute l’humanité. En Adam, elle met en évidence l’unité et la diversité. Unité du genre humain et diversité des visages. Chaque être humain a une manière unique d’exprimer l’humanité qui nous est commune. Chacun a un mode d’être qui lui est propre selon des configurations uniques exprimées dans son code génétique unique et manifesté dans son visage unique. La diversité est le miracle de la vie. Elle est une richesse essentielle. Dieu n’a créé en réalité qu’un seul Homme, l’Homme-Humanité. Ce qui porte atteinte à un être humain se répercute dans l’entière humanité. Nous sommes tous un en Adam. Toute l’humanité est en lien organique où chacun de nous est une cellule d’un grand corps qui forme une unité vivante et organique. Par ce fait, nous sommes tous solidaires et responsables les uns des autres. Nous participons tous de la même humanité, de la même chair, « nous sommes membres les uns des autres » (Eph 4/25). Ce que je fais à l’autre, je me le fais à moi-même. Nous sommes invités à entrer dans cette conscience pour enfin respecter chaque être humain et le considérer comme une partie de soi-même. Le respecter et le considérer comme un frère en humanité, cela veut dire prendre soin de lui au lieu de le vivre comme un rival ou une menace. Prendre soin de lui, c’est aussi prendre soin de sa différence, de ce qu’il porte d’unique et d’irremplaçable. Aujourd’hui, dans l’influence de la culture occidentale, l’esprit de concurrence, de rivalité a atteint son paroxysme. Il s’exerce partout et a fait éclater l’esprit de solidarité. Il est d’usage de considérer que la rivalité est positive car elle vient stimuler chacun pour qu’il donne le meilleur de lui-même. Or, cela devient pervers quand cet esprit de rivalité se prolonge par l’esprit de compétition ou de concurrence. L’accent est mis sur la réussite individuelle qui souvent s’obtient au détriment de la justice et du respect de l’autre. De ce point de vue, la rivalité apparaît bénéfique pour les plus aptes et préjudiciable pour les pauvres. Elle est dualiste en tant qu’affirmation du plus fort sur le plus faible jusqu’à la négation de l’autre sous la pression des impératifs économiques. Nous verrons dans le chapitre sur Abraham comment l’esprit de rivalité est l’expression du refus de notre pauvreté, de notre ombre, de cette partie de nous même que nous ne voulons pas voir et à laquelle l’autre, l’étranger, le rival nous renvoie. La rivalité est fondée sur l’esprit de comparaison. Elle nous place en évaluation face à l’autre. Par cela, elle établit des jugements de valeur selon des critères établis par la société. Elle fait entrer dans une logique du rapport de forces et nous amène à considérer qu’il faut éliminer l’autre pour survivre. Cette logique qui s’est développée au cours des siècles tend à produire des conséquences de plus en plus désastreuses. Aujourd’hui, face à l’ampleur du problème écologique, nous découvrons l’infinie générosité de la vie et les vertus de la bio-diversité. La nature nous invite à changer de regard pour découvrir ou redécouvrir l’immense richesse de la dynamique solidaire. Dans une pensée unitive, Saint Silouane de l’Athos affirme que : « Notre frère est notre propre vie ». Celui qui méprise son frère méprise sa propre chair (Saint Jean). Mystère de l’unité ontologique de la nature humaine, de l’humanité. Celui qui tue son frère se tue lui-même. Tout ce que tu n’aimes pas chez l’autre traduit à un certain degré ce que tu n’aimes pas en toi. C’est pourquoi, selon Saint Silouane de l’Athos nous ne devons avoir qu’une seule pensée : « que tous soient sauvés. » C’est là le fondement de la compassion. Celle-ci n’est pas un mouvement de pitié, de condescendance ou encore moins le désir de porter la souffrance de l’autre mais la conscience que l’autre et moi, nous sommes un ontologiquement. Plus qu’un élan de charité, elle exprime une conscience profonde de l’unité adamique. Le mouvement de compassion accomplit la parole de l’Evangile : « aime ton prochain comme toi-même.

3- La sacralité du cosmos

Le Buisson Ardent ou l’expérience lumière. Moïse « vint à la montagne de Dieu, à Horeb. Il eut cette révélation extraordinaire du Buisson Ardent. Expérience d’ouverture du regard sur la profondeur du réel : « Le buisson ardent était tout en feu et ne se consumait pas » (Exode 3-2). Dieu lui demande d’ôter ses sandales, de ne pas piétiner cette contemplation par une curiosité malsaine qui veut capter, mais de se laisser saisir. Comme Moïse, nous sommes appelés à nous dépouiller de nos regards chosifiants, de nos projections mentales, de nos rationalités objectivantes pour accéder à une autre perception. Invitation à ouvrir notre regard au delà de nos préjugés, de nos concepts et accepter de se laisser saisir, de se laisser toucher, de contempler, d’écouter gratuitement sans idée de récupération. En simplicité, accueillir la découverte du cosmos comme une théophanie (1), une manifestation de Dieu (1 (ou angélophanie Ex 3/2. On pourra remarquer que souvent dans la Bible les théophanies sont des angélophanies, des manifestations angéliques). Le cosmos visible est la parure de l’invisible. Ce que l’on voit du cosmos n’est que l’apparaître des choses, les apparences sont le voile d’une réalité plus profonde qui n’est pas perçue par celui qui n’a pas des yeux pour voir ou des oreilles pour entendre.

Dans le livre de la genèse, au premier chapitre, par dix fois, il est écrit : « Dieu dit ». Dieu crée le cosmos par dix paroles. Le cosmos est incorporation de la Parole divine. Il est sacrement de la Parole. Ce que confirme l’apôtre Jean dans son prologue : « Dans le principe est le Verbe, et le Verbe est vers Dieu et le Verbe est Dieu. Par Lui, tout a été fait et rien de ce qui a été fait, n’a été fait sans Lui » (Jean 1/1-3). L’apôtre Paul précise : « C’est par la foi que nous reconnaissons que l’univers a été formé par la parole de Dieu, en sorte que ce que l’on voit n’a pas été fait de choses visibles » (Heb 11/3). Selon la Bible, nous pouvons dire que chaque chose est fondée par la Parole de Dieu. Rien n’existe qui ne soit parole et pensée de Dieu. L’Univers tout entier est sous-tendu par la Parole de Dieu et le rayonnement des énergies divines, par le Verbe et l’Esprit. Le feu de la divinité rayonne dans le cosmos. C’est l’expérience que fait Moïse par le Buisson Ardent. La tradition ascétique l’appelle : « Théoria », « contemplation de la gloire de Dieu cachée dans les êtres et les choses ». Ouverture du regard sur la profondeur du réel pour discerner l’artisan dans les œuvres, la majesté divine dans le cosmos visible. Révélation du cosmos comme une création. C’est le témoignage de Moïse dans la Torah et de Salomon dans le livre de la Sagesse : « Vains par nature tous les hommes en qui se trouvait l’ignorance de Dieu, qui, en partant des biens visibles n’ont pas été capables de connaître Celui qui est, et qui, en considérant les œuvres, n’ont pas reconnu l’artisan …Car la grandeur et la beauté des créatures font par analogie contempler leur auteur » (Sagesse 13/1-5).

Dans cette perspective, et c’est l’urgence de notre temps, tous les chrétiens sont appelés à entrer dans une culture de l’attention pour déchiffrer le mode de présence de Dieu dans le cosmos et entrer dans une connaissance symbolique qui dépasse la seule rationalité. Et avec eux, toute l’humanité. Ensemble, sortir d’une connaissance dualiste et s’émerveiller de l’unité ontologique du cosmos qui n’est pas coupé de l’invisible. Moïse nous invite à entrer dans la profondeur symbolique où tout devient signifiant. Mais qu’est-ce que le symbole ?

Le symbolisme chrétien n’exprime rien d’autre que l’union sans confusion en Christ du divin et de l’humain, dont le cosmos devient le lieu du dialogue. Le fondement de tout symbole est le Christ lui-même qui est vrai Dieu et vrai homme. Présence du Créateur dans la créature sans que les deux ne puissent jamais se confondre. Tout est récapitulé dans le Logos. La lecture symbolique est contemplation de la gloire de Dieu cachée dans les êtres et perception de l’invisible dans le visible, de l’impalpable dans le palpable. « Depuis la création du monde, les choses invisibles sont contemplées à travers les créatures » (Rom 1/20). Ce que Dieu a d’invisible est rendu manifeste par les choses visibles ; ce qu’on ne voit pas par ce qu’on voit ; il nous montre ainsi que « ce monde visible contient un enseignement sur le monde invisible et que cette terre renferme certaines images des réalités célestes. » Origène S p199. La création, pour ceux qui ont des yeux pour voir, est une fenêtre ouverte sur l’invisible : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, le firmament proclame l’œuvre de ses mains » (Ps 18/19).

Saint Isaac le Syrien voyait le cosmos comme un océan de symboles. Le symbole désigne la présence du symbolisé dans le symbolisant. C’est le symbole qui rend compte de la vraie réalité, son fondement est l’incarnation du Verbe, de la Parole. Le symbole n’est pas une comparaison mais l’expression de la relation ontologique avec le Créateur. Le Christ est lui même l’intériorité de tout ce qui existe. Il est le verbe fondateur de tout ce qui est : « Par lui tout a été fait et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans Lui » Jean 1/3. Donc, toute créature est l’expression d’une parole qui la fonde.

Dans le Souffle de l’Esprit, tout est signifiant, ce monde est allusif, il est un espace dialogal, le lieu d’un immense dialogue entre Dieu et l’homme. Ce qui appelle une ouverture du regard et une culture de l’attention. Laquelle a été très négligée dans les milieux chrétiens à cause de la perte de conscience du cosmos comme buisson ardent. Pour les pères du premier millénaire, l’attention est la clé et le nerf de toute vie spirituelle. Un être spirituel est un être attentif qui recueille partout des significations. Il est donc éveillé et perçoit plus que le visible et le palpable. Il est entré dans un univers relationnel où tout est symbolique.

Maxime le Confesseur, grand mystique et théologien du 7e siècle, le rappelle avec force : « Le monde est un. Car le monde spirituel dans sa totalité se manifeste dans la totalité du monde sensible, exprimé mystiquement par des images symboliques pour ceux qui ont des yeux pour voir. Et le monde sensible tout entier est secrètement contemplé dans la totalité du monde spirituel ». C’est à partir de cette unité qu’il s’agit d’approcher les polarités, dans la relation entre le monde sensible et le monde spirituel. Non seulement le cosmos est un, tout est en inter-relation, comme le démontre la physique quantique, mais le cosmos tout entier est en relation avec le monde spirituel. C’est la lecture symbolique qui rend compte de l’unité.

Saint Maxime voit dans les réalités sensibles, un langage qui nous ouvre sur la contemplation de la gloire de Dieu rayonnant dans le cosmos : « Les réalités sensibles étaient connues comme un langage par lequel Dieu se communiquait et s’offrait à la relation. Ces réalités sensibles excitaient chez l’homme ses capacités d’émerveillement. Dans cette contemplation unitive, les perceptions sensibles et intelligibles s’unissaient dans un même regard ». Les réalités sensibles sont autant de paroles qui nous sont adressées, que nous avons à déchiffrer pour accéder à la connaissance des énergies divines, des principes spirituels qui fondent ces réalités. Ce mode de connaissance jaillit de l’émerveillement qui procède par saisissement de tout l’être et non par mode analytique ou discursif. Par ce mode, qui est celui du noûs, de l’intelligence contemplative, l’homme s’unifie et devient peu à peu participant de l’unité divine.

4- Dieu en sa création : panthéisme et panenthéisme

L’expérience du Buisson ardent, cette théophanie, ne signifie nullement une confusion entre Dieu et le cosmos. Cependant, tout en affirmant Dieu comme créateur et transcendant au cosmos, elle met en évidence le cosmos comme fruit de la parole divine et animé par les énergies divines. Le panthéisme tend à identifier Dieu avec les forces de la nature et ainsi à déifier les puissances cosmiques. Ce qui confine à l’idolâtrie avec comme conséquence de rendre l’homme superstitieux et asservi aux puissances naturelles. Le panenthéisme condamne tout à la fois l’idolâtrie et la tentation de renvoyer Dieu dans une totale transcendance, dans une kénose absolue, qui le rendrait étranger au cosmos. Il affirme au contraire l’union sans confusion en Christ du céleste et du terrestre, le cosmos comme réceptacle de la parole et des énergies divines, temple de sa présence. Le panenthéisme est le fruit de la contemplation unitive et de la connaissance symbolique. Il unit sans confondre et distingue sans séparer. Il fait sortir de la fusion immanentiste propre à la tradition de l’Inde et écarte la pensée dualiste très marquée en occident.

Saint Grégoire Palamas, un grand maître spirituel du 14e siècle, affirme dans la fidélité à la Tradition hésychaste, la distinction entre Dieu inconnaissable dans son essence mais qui se fait connaître par ses énergies. Dieu est totalement transcendant en son être et accessible dans ses énergies, par le rayonnement de sa grâce. Pour Palamas, Dieu est tout entier essence et tout entier énergie, transcendant dans son essence et en même temps présent au monde et participable dans ses énergies. L’énergie divine représente le mode existentiel de Dieu. D’une manière analogique, nous pouvons dire que le soleil brille et est en soi inatteignable mais nous connaissons le soleil par participation car nous bénéficions de sa chaleur et de sa lumière. L’être humain a pour vocation de devenir participant de la nature divine (2P1/4), des énergies divines, en se laissant pénétrer par la grâce, mais Dieu, en ce qu’Il est, restera un mystère inépuisable. Nous sommes appelés à connaître Dieu par participation et cette connaissance sera sans limite. Ainsi, dans le dynamisme de la croissance spirituelle, Dieu devient pour l’âme à la fois toujours plus intime et toujours plus transcendant. Plus on possède Dieu, plus on veut le chercher. Dieu est toujours au delà de ce que nous atteignons et requiert sans cesse de notre part un nouveau progrès, « de commencements en commencements par des commencements qui n’ont jamais de fin ».

L’homme et le cosmos sont inscrits dans un dynamisme de transfiguration progressive. Ce dynamisme de déification est un processus d’illumination progressive de l’homme et du monde. P49 « Tout est orienté, l’homme et le monde vers la transfiguration » car tout est aimanté par la lumière divine qui rayonne sans cesse. Ce qui appartient à l’homme est de se disposer à la grâce pour se laisser illuminer, transfigurer et déifier. C’est là tout le sens de la métanoïa, conversion intérieure par laquelle l’être humain cherche avant tout la lumière, le Christ, lequel est « la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jean1/9). C’est l’irruption de la lumière qui va déclencher un véritable repentir, lequel conduira vers l’humilité. L’humilité n’est pas un avilissement mais un état de transparence, de totale réceptivité qui permet à la grâce d’être pleinement féconde. L’humilité est faite de confiance et d’abandon. Dans cette perspective, il nous faut cultiver une confiance totale en l’amour de Dieu et une pleine espérance en sa miséricorde. Nous devons sortir des dolorismes, des schémas de souffrance ainsi que de la théologie de la peur. Autant de déviations qui ont fait fuir nombre de personnes qui portaient un authentique désir. Cela ne veut pas dire que sur ce chemin, nous sommes épargnés par la souffrance et quelquefois par la déréliction car combien il est difficile de mourir à soi-même, aux fausses images de soi et aux attachements illusoires.

L’homme poursuit un but qui dépasse et transcende les catégories de ce monde. Il entraîne dans ce dynamisme tout le cosmos qui trouve son sens dans l’accomplissement de l’homme : « la création toute entière attend d’un ardent désir la révélation des fils de Dieu » (Rom 8/19). L’homme est la récapitulation de tout le cosmos. C’est pour cela qu’il a été crée le 6e jour comme achèvement de l’œuvre de Dieu. L’homme n’est pas pour le monde mais le monde pour l’homme. Les milliards de galaxies existent pour qu’advienne la vie sur terre. Le monde prend son sens en l’homme. « Que le cosmos soit pour l’homme et non l’homme pour le cosmos se voit non seulement dans le fait que le cosmos est l’objet de la conscience et de connaissances humaines et non l’inverse, mais aussi dans le fait que le cosmos sert pratiquement l’existence humaine » D. Staniloé p 34. La création toute entière est en attente de la révélation de l’homme comme fils de la lumière (Mat 5/14). Cette révélation déclenche le dynamisme de la transfiguration du monde et l’humanisation progressive de la nature. L’urgence écologique est avant tout spirituelle. Hors de ce processus, l’écologie militante est certainement nécessaire mais insuffisante. En ce temps, nous sommes plus que jamais appelés à une métanoïa, à une réorientation de l’homme vers la lumière pour une transfiguration de la matière. Redécouvrir en Christ le cosmos comme buisson ardent (p87), comme incorporation de la Parole divine, sacrement de la Parole puis sacrement de Sa Présence. Par l’acte de création, le cosmos est sacrement de la Parole. Par l’incarnation du Christ, il est devenu sacrement de Sa Présence. Ouverture sur la vision eucharistique (p 49) du cosmos. Un théologien grec Nikos Nissiotis affirme : « Dieu a créé le monde pour s’unir à l’humanité à travers toute la chair cosmique devenant chair eucharistique » (Terre p68). Car il y a en toute chose un mode de la Présence mystérieuse de Dieu…

5- Nous sommes des pèlerins

La parole de Dieu adressée à Abram : « Va vers toi, quitte », nous rappelle que nous sommes des pèlerins sur cette terre. Notre passage existentiel est provisoire. Il est essentiel d’en saisir le sens. La mort nous signifie que le monde ne peut être une finalité car nous devrons le quitter. C’est se rappeler que le but du voyage n’est pas dans ce monde mais au-delà de ce monde et de ses représentations, au delà aussi de nos catégories mentales et de nos concepts. Nous sommes invités à nous ouvrir sur la nouveauté, sur le jamais vu, le jamais entendu plutôt que de se crisper sur ce que l’on possède. Le pèlerin est celui qui traverse les paysages sans s’identifier à eux. L’essentiel est le chemin de transformation qui s’opère dans la marche. Les paysages sont les différentes circonstances qui se présentent à nous, jamais de la même manière. Autant elles ont été nécessaires, autant s’y arrêter nous empêche d’accéder à l’étape suivante. La joie est dans la marche, dans le dynamisme de croissance. En ce sens, il s’agit d’être « dans ce monde sans être de ce monde », « d’user de ce monde, comme n’en usant pas vraiment. Car elle passe, la figure de ce monde » 1Cor 7/31.

6- Pour une mutation en actes :

Ce défi appelle un changement de vision et de mode de vie qui peut s’articuler sur quatre points :
  Renoncer au consumérisme, à la cupidité, à l’avidité (désir ardent et immodéré de qq chose), sortir de l’aliénation aux biens matériels et rechercher les biens immatériels : la relation, l’éducation, le partage des connaissances, la quête du sens qui inclut la nécessité de réaffirmer la dimension sacrée de l’homme et du cosmos. Notre participation à la société de consommation doit devenir responsable et inclure une conscience citoyenne dans le choix des produits pour encourager une production éthique et un commerce équitable.

  Passer de la primauté de l’individualisme à l’art de vivre ensemble dans la simplicité joyeuse et la mobilisation au service des générations futures. Réarticuler de manière plus ajustée la personne et le collectif, mettre l’accent sur la solidarité dans le respect de chacun et la conscience de l’ unité ontologique de toute l’humanité et de tout l’univers créé. Servir la vie plutôt que les intérêts égocentriques. Passage de la finalité existentielle à la vocation spirituelle, passage de l’égo à l’être : de l’avoir à l’être.

  La crise actuelle de l’humanité nous interroge sur les valeurs que nous voulons servir, sur le sens de l’homme et du cosmos, sur le caractère collectif de notre devenir au delà des considérations raciales, ethniques, culturelles, religieuses et sociétales. Notre salut est commun, les uns avec les autres et non les uns contre les autres. Nous devons revoir nos prétentions partisanes et mettre l’accent sur ce qui nous unit plutôt que sur ce qui nous divise. Nous devons nous fonder sur des valeurs communes, mettre en dialogue nos différences pour l’enrichissement plutôt que vouloir convaincre l’autre. Implication dans l’éducation, la médecine, le partage des connaissances au service de tous, en particulier des plus faibles.

  Nous devons ensemble promouvoir une éthique de la responsabilité et du respect de la vie et de chaque personne humaine. Encourager une dynamique d’émerveillement et une sensibilité philocalique. La beauté est la splendeur de la vérité profonde qui sous tend toute réalité. Elle manifeste l’amour actif dans la création, l’amour comme substance de toutes choses.

Evangile de Matthieu : 14 versets 13-21

Cet évangile a été nommé de manière abusive « la multiplication des pains » car ce terme n’est pas dans le texte, on y parle plutôt de la fraction du pain donc du partage.

Par le partage, chacun a ce qui lui est nécessaire, et il reste même des paniers pleins. Le miracle ici, c’est le miracle du partage.

Mère Teresa affirmait que le monde ne meurt pas d’un manque de nourriture, mais meurt d’un manque de partage. Ce n’est pas le manque de moyens qui est la cause de la faim dans le monde, mais la non répartition des biens, notamment avec les excédents stockés. Avec le partage, chacun a ce qui lui est nécessaire.

Le partage est non seulement celui de la nourriture concrète, il est aussi partage de la parole, de la convivialité, de l’amour. Ce qui va nous sauver c’est le partage Le partage signifie la considération de l’autre, il exprime en gestes l’unité ontologique de l’humanité.

L’Esprit Saint emmène Jésus au désert après son baptême pour être tenté par le Diable afin que Jésus réponde aux tentations de manière à juguler les fausses réponses données par Adam et ouvrir de nouveau la voie du Royaume.
  Le Serpent avait présenté le fruit de l’arbre de la dualité comme désirable pour la vue (jouissance), bon à manger ( possession) et plein d’énergie pour réussir ( puissance).

La triple tentation adressée au Christ est similaire et s’articule sur les mêmes registres : jouissance, possession, puissance.

Face à la première tentation (- transformer les pierres en pain ) Jésus va répondre : « l’homme ne vivra pas seulement de pain mais de toute parole qui vient de la bouche de Dieu » Il invite à se nourrir de la Parole, laquelle invite à aimer son prochain comme soi-même. Le Christ fait le lien entre les pains, la nourriture et la conscience de l’autre. Nous le voyons, l’abondance de biens sans l’esprit du partage conduit à l’injustice et aux conflits. Si nous apprenons à partager nous vérifierons que nous avons suffisamment pour tous. C’est ici un message pour notre temps. Ou nous pourrons partager ou nous allons vivre des guerres fratricides.

Le Christ en refusant de transformer les pierres en pain, refuse l’action magique, la solution technologique et dit que le vrai enjeu est de transformer le cœur de l’homme pour qu’il advienne au partage. Dans la 2e puis 3e tentation, il refuse la séduction de la possession et de la toute puissance.

Le partage ouvre sur le sens si noble de l’hospitalité.

Mardi 28 juillet 2009 : « Quête du sens et accomplissement dans le travail »

Intervenant : Emmanuel LOMÜLLER Diplômé de l’enseignement supérieur, l’intervenant dirige depuis plus de vingt ans un cabinet de conseil en management et ressources humaines. Son identité de chrétien orthodoxe mais également sa rencontre déterminante avec un collaborateur de C. Jung marquent profondément sa démarche dans l’univers professionnel.

Reprise des points clefs de la présentation.

Cette journée n’est pas un moment de présentation, d’échanges ou de débats sur les grands schémas économiques ou les grandes orientations politiques de la planète, mais est dédiée à une réflexion concrète et à une progression personnelle au cours d’échanges en ateliers sur la « Quête du sens et de l’accomplissement dans le travail »

Je rappellerai seulement en me référant à l’étymologie – qui a comme vertu particulière de nous rappeler le sens premier et plus fondamental des mots que nous utilisons - que le terme économie se compose de la réunion de deux mots simples et signifie la gestion de la maison, qu’elle soit la maison monde entendue comme extérieure ou intérieure, à une échelle personnelle ou planétaire, ou dans le sens plus proche du foyer.

Nous avons pour ambition, objectif, désir ou nécessité, de changer quelque chose dans un système ou un ordre auquel nous n’adhérons pas, et par la même de changer radicalement de direction et de comportement.

Mais, en toute objectivité, sommes nous prêts ?

Une intention n’est pas un projet, et une intention sans préparation, sans moyens ni objectif correctement orientés n’est qu’une illusion et une source de tensions et frustrations.

Sommes nous préparés au delà des débats généraux, à intervenir et à agir ?

Si l’enthousiasme – littéralement porter Dieu en soi – est une vraie force, cet enthousiasme se doit d’être investi dans un travail de préparation, d’exécution et de vérification à la hauteur des enjeux.

« Si le navigateur ne sait pas dans quel port il se trouve, ni vers quel port il se dirige, aucun vent ne lui sera favorable » écrivait Sénèque.

Au-delà donc du thème même qui est à traiter, toute une préparation est nécessaire, vitale, quatre – vingt dix pour cent du succès reposant sur l’excellence de la préparation.

La préparation n’est pas une perte mais un gain de temps, car ce n’est pas dans l’action que doit commencer la réflexion.

L’objectif premier ne peut donc pas être confondu avec un ensemble d’actions désordonnées basées sur nos impressions, bonnes intentions ou croyances, mais défini comme un but précis et atteignable qu’un ensemble d’actions correctement nommées et ordonnées permettra d’atteindre. Il faut avoir une conscience claire des enjeux, définir des objectifs réalistes et atteignables, être lucide par rapport aux moyens à mettre en œuvre et en nos capacités personnelles, s’assurer de l’orientation correcte de l’ensemble afin que, dès le premier geste, dès l’engagement dans l’action, nous puissions avoir la certitude que tout cela soit juste.

C’est le minimum que nous attendons de tout chirurgien. Qu’il soit correctement préparé, qu’il soit clair sur son objectif et ses capacités, qu’il nous considère au-delà du corps que nous sommes, et que son geste soit sûr…dès le départ.

Il ne faut donc pas s’arrêter à la surface de la maxime de Sénèque, mais bien intégrer que son sens véritable nous parle uniquement de la connaissance de soi c’est à dire de la connaissance profonde de ce que nous sommes et de ce que nous ne sommes pas, car c’est cela que nous allons mettre en jeu et c’est cela qui contient en puissance la capacité à transformer le monde.

Quant à la mise en œuvre, peu importe le nombre de personnes mobilisées, pourvu que notre orientation soit juste et notre détermination certaine.

Si notre Etre est vérifié et notre démarche correctement ancrée dans le spirituel, tous les objectifs et actions intermédiaires qui s’y rapporteront seront justes et, convergeant dans le même sens et vers un même but, nos trajectoires personnelles se rejoindront naturellement dans le collectif.

Sur cette base, il est fondamental d’entrer sans complexe dans le sujet et de bien mettre notre identité personnelle dans nos propos et nos actes. Il ne faut pas croire que notre travail personnel est abouti, et que notre travail extérieur – nos actions - ne sera que la mise en œuvre de nos conceptions d’aujourd’hui.

Il faut avoir la lucidité, la volonté et l’envie de sortir également des vieux schémas hérités pour se mettre en mouvement à partir de schémas rénovés et décidés. Croire que nous incarnons déjà ce qui devrait être est une erreur de fond et une prétention indéfendable.

La plupart du temps, nous ne sommes ni suffisamment formés ou informés sur les sujets que nous voudrions voir évoluer, et nous ne savons même pas situer à quel niveau ou sous quelles formes nos interventions personnelles seraient efficaces. Il est donc nécessaire de ne pas se faire porteur d’objectifs qui nous dépassent ou d’actions trop lourdes à accomplir.

Notre humilité personnelle face à aux défis actuels et notre capacité à agir constructivement est une des garanties de notre lucidité et des succès futurs.

Les crises économiques et financières ainsi que les modes de consommations et comportements qui y sont associés, sont directement reliés aux désastres écologiques qui touchent l’ensemble de la planète. Ils en sont la cause plurielle.

La planète souffre également de nos prises de conscience et de nos engagements tardifs.

Dans le même temps, plus personne ne croit au modèle unique dominant et remet en cause dans l’urgence, l’idée d’une planète objet totalement monnayable, terrain de jeux de compétiteurs agressifs où le profit financier sous toutes ses formes est à la fois le seul objectif et le symbole incontestable de la réussite individuelle ou collective.

Dans ce contexte où la personne disparaît derrière l’individu, et où l’individu n’est perçu que comme un moyen et un consommateur, le système nous demande de nous habituer à l’exclusion, considérée comme désagréable mais aussi comme un mal nécessaire et incontournable. L’exclusion est normalisée.

Or l’exclusion de l’Autre c’est l’exclusion de soi et « le scandale c’est l’attitude qui nie l’autre » disait récemment dans une conférence Bertrand Vergely.

Pas à pas, l’individuel et le collectif se mettent alors à revisiter leur rapport au travail et se mettent en quête de sens.

Soyons capables sur quelques thèmes de nous poser la ou les questions justes. Prenons le temps de nommer correctement nos premiers objectifs ou les premières étapes de nos actions.

Prenons le temps de nous revisiter par rapport à quelques sujets essentiels et aujourd’hui, sur « Quête du sens et accomplissement dans le travail ».

Parabole des Talents - Evangile de Matthieu : 25 Versets 14-30

Dans le contexte actuel, cette parabole apparaît comme scandaleuse Elle conforte l’idée du capitalisme et de la toute puissance de Wall Street Or Jésus de Nazareth aimait bien provoquer cf, par exemple, la parabole des Ouvriers de la dernière heure

Les 2 premiers serviteurs sont invités à entrer dans la joie de leur maître Ils ont fait fructifier les talents comme si c’était pour eux-mêmes.

Le travail semble une obligation nécessaire, il peut être également entendu comme le fait de se mettre à l’ouvrage pour réaliser une œuvre et se réaliser soi-même. La mise en œuvre suppose des qualités, des capacités, une intelligence, un savoir faire, Est ce que nous pouvons reconnaître ces dons, ces richesses en nous ? Ce qui serait dramatique ce serait de ne pas reconnaître que nous avons reçu des dons. Chacun reçoit des biens symbolisés par les talents qui sont pour chacun « selon sa capacité ».

Thérèse de Lisieux, à ce propos, disait que c’était peu important qu’elle « soit un dé à coudre ou un verre de bière, l’essentiel ce n’est pas la grandeur c’est de se sentir rempli par la grâce. Et, dit-elle, à force que mon petit dé à coudre soit plein, je vois un miracle, sa capacité s’agrandit ». Donc, il y a une dynamique. En exerçant nos talents, nous verrons notre capacité s’agrandir.

Apparaissent 3 étapes :

1/ nous recevons des dons

2/ nous les mettons en œuvre

3/ en les mettant en œuvre notre capacité grandit

Il faut ajouter que, par la mise en mouvement des dons et nous devenons responsable vis à vis des autres, car ces dons ne sont pas uniquement pour nous, ils sont à mettre au service des autres.

Ce texte est à mettre en parallèle avec la parabole des mines (Luc 19 :11-27) ceux qui savent gérer leurs dons intérieurs sont appelés à des responsabilités et à les mettre au service de tous (cf ; Bill Gates et sa fondation)

Pour faire fructifier leurs talents :

  reconnaître les talents et exercer la gratitude
  faire fructifier pour l’autre comme pour soi-même. Nous voyons que le 3ème a peur car il juge le maître. Il sera jugé à l’aune de son jugement et de sa méfiance.

Nous pouvons en tirer des leçons pour notre chemin intérieur : Si je ne sais pas ce que je veux et si je ne porte pas une finalité en moi-même, je suis dépendant d’un système qui va m’employer. Je vais travailler pour gagner ma vie et être en correspondance avec ce dont la société a besoin. Mais si je sais ce que je veux et que je travaille pour ma propre réalisation, je vais cultiver l’attention ce qui me permet de porter l’ouvrage à son plus haut degré de satisfaction. Réaliser l’essentiel : l’ouvrage que je suis. Dans cette dynamique, les structures de la société/entreprise deviennent la possibilité d’un tremplin au lieu d’être un motif d’aliénation.

Il y a 3 états de l’homme :
  L’esclave : fait ce qu’on lui dit, obéit aux ordres sans rétribution
  Salarié : passe un contrat, échange un travail contre une rémunération
  L’Homme Libre : passe à travers les structures, il s’en sert comme d’un tremplin, le bénéfice est immatériel. Il n’attend rien en retour du don de lui-même.

Les logiques du don et de l’économie sont conciliable.

Le Christ nous invite à chercher le royaume des Cieux – à régner sur le monde et non en être esclave, le reste est donné par surcroît.

Dans la parabole du fils prodigue, celui qui est resté, près du père, le fils ainé, révèle une mentalité d’esclave. Il n’avait pas compris que ce qui était au Père était à lui. Par contre dans l’Evangile de Jean, le Christ se situe comme fils :« Père ce qui est à toi, est à moi », Les Talents alloués , sont mis à disposition mais ne nous appartiennent pas . Nous découvrons les richesses que l’on porte lorsque nous les donnons. La vie nous est donnée, mais qu’en faisons nous ? Certains pensent qu’à faire fructifier les talents, on risque l’orgueil. Nelson Mandela affirme qu’il ne sert à rien de vivre petit, qu’il faut oser sa grandeur car nous sommes créés à l’image de Dieu.

Je peux être heureux d’avoir réussi et en même temps dire merci au Seigneur car c’est grâce à lui qui m’a accordé ses dons et qui de plus me donne les capacités de les faire fructifier.

Le plus dramatique est de passer à coté de sa vie et de ses talents par le déni de Soi. Le plus grand péché est le déni de soi car c’est le déni de l’image de Dieu en soi.

Il s’agit de ne rien concéder quant à la dignité Ma Conscience ne peut jamais être contrainte.

Mercredi 29 juillet 2009 : Education et Spiritualité

Intervenante : Ludmyla LESOURD

Après avoir travaillé au ministère de la Justice auprès du tribunal d’enfants , dans un foyer d’adolescents et avec des jeunes des rues, Ludmyla Lesourd est devenue éducatrice montessori puis en 1976 a crée l’école et le collège Montessori : " Les Pouces Verts" à Mouans Sartoux (06), où elle accueille des enfants de 2 ans jusqu’à 15 ans.

L’école Montessori dont Ludmyla est responsable pédagogique, a pour nom les Pouces Verts (http://www.montessori-les-pouces-verts.fr)

Ce nom a été choisi par les enfants en référence à un conte, dont le héros se révèle être un ange. La dimension écologique est très présente et ce depuis la création de l’école en 1976 (nourriture bio, recyclage, compost, jardinage)

Deux présences ont marqué le chemin de Ludmyla

  La présence du centre Sainte Croix qui lui a permis de se ressourcer régulièrement et d’avoir l’énergie pour faire face aux difficultés financières et aux crises multiples.

  La rencontre avec Annick de Souzenelle

o Pour mieux accompagner les enfants

o Etre dans la compassion et le non jugement par rapport aux parents

o L’importance des contes et de la mythologie et de la Bible

Réflexion : Qu’est ce que l’Education Nationale peut apporter à l’enfant au niveau spirituel ?

Qu’est ce que la pédagogie Montessori apporte à l’enfant au niveau spirituel ?

Etymologie : Du latin educare = élever, produire, nourrir du latin ex-ducere, guider, conduire hors.

Conduire quelqu’un, montrer le chemin

Dux, ducis = chef Rapport d’échanges avec un chef, implique une certaine exemplarité

Qu’est ce que pour un laïc la spiritualité ?

  retournement vers intériorité

  dépassement de l’égo

  jeu dedans/dehors

  art de vivre

  spiritualité = vie

  partie de vie qui nous porte dans l’ici et maintenant amour de tout et de tous

Une profonde connaissance de soi est indispensable à l’être humain.

Education Nationale est le nom qui a été donné en 1932 sous le gouvernement d’Edouard Herriot.

Depuis, il règne une confusion entre éducation et instruction.

Certains enseignants : l’éducation nationale a enlevé aux parents, la fonction d’éducateur

Economie de l’éducation : dans les années 1960 avec l’apparition de programmes, de sections (et a fait les programmes) faits pour répondre à une société économique.

2 sujets tabous dans les facultés en sciences de l’éducation :

  La spiritualité

  L’ouverture anthropologique

La cultures de l’Asie étudiée par certains, et des enseignants ont mis en pratique un travail sur le souffle Cette minorité constitue un puissant « contre courant » dont E.MORIN repère « à travers de multiples symptômes sociaux, l’émergence d’une société à la recherche d’une spiritualité »

Le rapport éducation et spiritualité = part maudite de la pensée de l’éducation, en même temps émerge une nouvelle sensibilité spirituelle. Luc Ferry a constamment montré le manque de valeurs spirituelles et plaide pour une spiritualité laïque Olivier Reboul : faire rentrer dans l ‘éducation la philosophie et la spiritualité Guy Avanzini : montre la pertinence et modernité de Don Bosco

Constat : beaucoup d’enseignants font un travail merveilleux pour maintenir l’école ouverte sur l’être plutôt que l’avoir. Mais dans l’ensemble la structure de l’éducation nationale produit des personnes matérialistes dénuées de spiritualité, on fabrique des individus ajustés à une société marchande, savoir utile et rentabilisé. On formate l’enfant en fonction d’une idéologie Les élèves disparaissent derrière des techniques d’enseignement, des normes. L’oubli de l’esprit est la marque essentielle de notre époque. L’éducation est déshumanisée, elle se consacre au faire et non plus à l’être. L’esprit étant jeté aux oubliettes, le matérialisme triomphe, on peut dire avec Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »

Maria Montessori, en 1936, lors d’une conférence à la Sorbonne, dit :

« Je voudrais ajouter un mot sur un sujet affligeant : celui des examens. L’humanité continue à passer outre cet attentat à la vie psychique des nouvelles générations, qu’est la compétition, bien qu’elle en déplore les conséquences. L’examen prouve précisément que l’éducation est donnée de façon telle que l’on arrive au bout d’une année de vie en commun sans que l’on sache ce qui s’est passé dans l’esprit des élèves. La nécessité de cette épreuve officielle démontre que la vielle culture fait totalement abstraction de la personnalité. La jeunesse qui a déjà dépensé tant d’énergie dans des émotions et des efforts angoissants pendant toute une année d’études forcées doit, à la fin, être jugée par un tribunal qui possède la loi, mais non le cœur, tout comme des tribunaux pour délinquants. Si, actuellement, on a modifié les tribunaux pour mineurs en leur donnant un règlement plus humain ou ils ont été abolis, que devrait-ce être, à plus forte raison pour les examens ? Il faut que la science et la civilisation trouvent des moyens plus modernes pour instruire et pour connaître la jeunesse, espérance de notre avenir »

70 ans plus tard, nous allons trouver cette réflexion

Albert Jacquard : « L’école soumet l’enfant au lieu de l’aider à devenir lui-même. Une des bonnes façons de le soumettre c’est de lui donner un truc scandaleux, le « go » de l’emporter sur l’autre. Mais d’où cela peut il venir ? Vous me dites, on dira c’est dans la nature. Mais non, pas du tout, pour la bonne raison, bien sûr, il y a de la violence, il y a de la compétition entre les loups mais cela n’a pas du tout le même sens que la compétition entre les êtres humains, à cause de ce fichu cerveau que j’ai. Moi quand je suis capable de lutter contre l’autre, je lutte d’une façon complètement différente de la lutte qu’a le loup, moi je peux être violent, je peux torturer, je peux faire mal, je peux créer de la souffrance, le loup lui il ne sait pas, il ne pense pas à la souffrance de la brebis qu’il est entrain d’égorger. Il le fait parce qu’il est poussé par son instinct. Par conséquent ne prétendons pas que la nature nous apprend à être violents, à être dominateur. On est dominateur parce qu’on apprend à l’être. On nous demande d’être des gagnants. C’est un scandale. Il faut dire j’espère que tu ne seras jamais un gagnant, ni un perdant bien sûr. Parce que qu’est ce qu’un gagnant ? La seule définition d’un gagnant c’est un fabriquant de perdant. J’espère que tu ne seras jamais un fabriquant de perdant. Alors qu’est ce qu’il faut faire, et bien vivre ensemble avec tout ce que cela a de difficile, parce que l’autre il n’est pas comme nous, alors effectivement il me pose des problèmes. Et bien cet autre il faut que je l’accepte

Pythagore (580 av J.C) : « De tous les arts, l’éducation est le plus spirituel, car il s’applique sur des âmes en voie d’évolution et conditionne le futur de l’humanité. Maria Montessori écrira quelques siècles après : « N’élevons pas nos enfants pour le monde d’aujourd’hui, ce monde n’existera plus quand ils seront grands. Aussi doit on en priorité aider l’enfant à cultiver ses facultés de création et d’adaptation » N’aurions nous pas plus besoin en matière d’éducation de visionnaires que de gestionnaires ? La réponse, nous l’avons avec Maria Montessori. Mais est-on vraiment prêt à changer d’éducation ? Cette pédagogie ne rencontre que résistances et critiques par ceux qui ont le pouvoir. Quant aux parents, par peur que leurs enfants ne réussissent pas et pour ne pas les mettre dans une situation difficile, ne s’opposent pas à ce que l’école et le collège imposent à leurs enfants.

Qui est Maria Montessori ?

Née en Italie à Chiaravalle, (province d’Ancône) en 1870, elle est décédée en Hollande en 1952. Elle est issue d’une famille bourgeoise, son père est militaire, sa mère est la nièce d’un philosophe italien : Stoppani. Elle désire faire oeuvre d’humanité mais ne veut pas être institutrice comme cela se faisait à cette époque quand une femme voulait avoir une profession. Faisant preuve de caractère elle décide d’être médecin, elle doit ainsi aller dans un lycée de garçons. En 1896 elle est la première femme à recevoir le titre de docteur en médecine. Entre dans un service d’enfants aliénés oû elle met au point une méthode, s’inspirant des travaux de Jean Itard et de Edouard Seguin. Elle visite Bicêtre avec Bourneville qui aura succédé aux deux précédents. Elle croit beaucoup à l’impacte de l’éducation pour ces enfants déficients mentaux. Elle réussit si bien avec eux, qu’elle pense pouvoir réaliser avec des enfants normaux la même chose en plus perfectionné. En 1896 au congrès pédagogique de Turin elle présente un rapport sur l’éducation morale, qui lui vaut de devenir la directrice d’un institut pour aliénés. Elle défend la primauté de l’éducation par rapport au versant médical. Elle s’inscrit en philosophie à l’Université. Elle donne des cours d’anthropologie infantile. Elle fait des conférences aux institutrices. En 1900 elle quitte les aliénés pour les enfants normaux. En 1907 elle fait l’ouverture de " la maison des enfants" dans les quartiers populaires de Rome à San Lorenzo. Elle y met au point sa méthode pour les enfants normaux, en partant de ses observations. Elle observe beaucoup tout en faisant ses tournées dans les classes, elle note à quel point le fait de rendre les enfants immobiles est destructeur, demande qu’on modifie le mobilier scolaire, fait remplacer les bancs qui empêchent les enfants de se mouvoir. En 1909 publie "La pédagogie scientifique" où elle explique sa méthode et ses origines. Elle a de plus en plus de succès en Italie. Fait de nombreuses conférences, des cours internationaux. Ouvre des écoles modèles. La méthode se répand dans le secondaire. En 1912 elle publie : "Auto éducation dans les écoles primaires" En 1919 elle a du succès en Hollande, en Angleterre, en Espagne…. En 1922 à lieu le premier congrès international Montessori à Elseneur. Ses ouvrages sont traduits en 18 langues. En 1929 elle publie "L’enfant dans l’Eglise"-"L’éducation religieuse", c’est une méthode pour que l’enfant comprenne la vie liturgique. En 1935 parait "l’Enfant" qui sera un livre réédité de nombreuse foi, elle y retransmet l’essentiel de ses idées, sous forme de petits chapitres où elle illustre ses idées par des exemples. C’est sûrement un des livres sur l’éducation le plus lu. En 1936 : "L’enfant dans la famille"-"De l’enfant à l’adolescent" viennent enrichir ses publications. 1937 : se fixe en Hollande, mais avant passe 7 ans aux Indes où elle rencontre Gandhi. 1949 publie" l’esprit absorbant de l’enfant" où elle retransmet son approche spirituelle et philosophique de l’enfant. Elle y retransmet ce qu’elle a retenu de la philosophie indoue. 1953 : 1° Congrès Montessori en France un an après sa mort.

Ses idées principales

Elle a une confiance profonde dans l’enfant et un respect sans bornes pour ses capacités à se développer par lui-même. "Aide-moi à faire seul" est une de ses phrases les plus caractéristiques. Elle va jusqu’à dire : "L’enfant est le maître de l’homme", dans la mesure où il porte en lui le germe de son propre développement. Catholique très croyante elle y voit sa partie divine. Pour elle l’enfant a des tendances innées à se développer selon sa propre nature. Sagesse et discipline sont en puissance dans l’être profond de l’enfant. Il doit se libérer lui-même des obstacles qui le gênent. Cet intérêt est souvent le désir de surmonter un obstacle. C’est une loi de la nature que de monter continuellement. Il attire à lui-même les éléments qui lui sont indispensables au cours de "périodes sensibles" où à ce moment il développe des moyens. M. Montessori exprime que l’enfant a une sensibilité particulière, portée par un "intérêt" qui le pousse vers une série d’actes.

Première femme médecin en Italie Licenciée en psychologie, en philosophie et en sciences naturelles. Elle a observé de façon précise et minutieuse le développement physique et psychique de l’enfant. Elle a fondé une pédagogie basée sur le besoin de l’enfant de s’auto-éduquer en agissant par lui-même comme lorsqu’il a appris à marcher ou à parler, c’est-à-dire poussé de l’intérieur par un besoin vital de découvrir et de se découvrir. L’éducation montessorienne est basée sur une réponse aux besoins fondamentaux de l’enfant et de l’adolescent : besoins physiques, psychiques, sociaux, moraux, philosophiques et spirituels correspondant à chaque étape de croissance Pour répondre aux besoins des enfants d’agir par eux-mêmes, sans se comparer les uns aux autres, chacun fait du mieux qu’il peut. Maria Montessori a mis au point une gamme étendue de matériels pédagogiques concrets, précis, progressifs, en un seul exemplaire, que les enfants vont manipuler, chacun selon son rythme. L’éducation nationale fait des programmes dictés par les adultes, alors que dans la philosophie de l’école Montessori l’enfant est pivot de son éducation, la tâche de l’adulte est de révéler l’âme de l’enfant, lui apporter une aide pour conquérir son indépendance

La dimension religieuse est centrale, l’enfant a une sensibilité au religieux, au mystère et à la dimension transcendante. Vous l’avez tous expérimenté avec vos enfants à travers leurs questions : pourquoi suis-je là ? Qu’est ce qui fait que je vis ? Qu’est ce que la vie ? Pourquoi la vie s’arrête ? Où est ce que j’étais, moi, quand je n’étais pas né ? Où serai-je quand je ne serai plus là ? Nous pouvons déceler de la même façon cette quête du sens chez les adolescents

Constat de Maria Montessori « L’être humain n’est pas d’abord un producteur, réduit à son vécu immédiat, à la satisfaction de ses pulsions mais il est habité par une aspiration aux valeurs, par une dimension d’infini, voire d’éternité, s’interrogeant sur le sens. » Albert Jacquard : « "La fonction du système éducatif n’est pas de fournir à ce Moloch qu’est le système économique les femmes et les hommes compétents dont il prétend avoir besoin. Son principal objectif est de participer à une tâche autrement décisive : aider chacun à devenir lui-même en rencontrant les autres. C’est au niveau des finalités, et non des modalités, de l’enseignement que je voudrais qu’il y ait une révolution. C’est tout à fait normal que l’on apprenne à l’école les mathématiques, la géographie, la physique-chimie, des langues... Ce que je souhaite ardemment, c’est que les efforts qu’on demande à un jeune pour apprendre ces matières fondamentales aient aussi pour finalité de lui permettre de rencontrer les autres, de réfléchir, de construire des concepts, de regarder le monde avec un peu plus de vivacité et de lucidité..."

Maria Montessori distingue dans l’humanité deux périodes : • une période pré-natale : embryon physique

• une période poste natale exclusive à l’homme : embryon spirituel. « Sa longue enfance » que l’on peut qualifier de période formative qui est l’énorme travail constructeur de l’enfant. Il doit en effet construire toute la vie psychique de l’homme et tous les mécanismes moteurs qui en seront l’expression

Maria Montessori :

« Cet embryon spirituel qu’est l’enfant se développe suivant un plan. Un homme est caché, un enfant inconnu, un être vivant séquestré, qu’il faut libérer. C’est le devoir le plus urgent de l’éducation ; et dans ce sens, libérer, c’est connaître ; il s’agit donc de découvrir l’inconnu » L’enfant est un embryon spirituel en voie d’incarnation et met 12 ans pour s‘incarner. Il faut préparer une ambiance vitale pour son corps et son esprit. Maria Montessori nous donne l’exemple de Jésus, elle nous dit que son incarnation dure jusqu’à la puberté, environ 13 ans quand le jeune garçon dit à ses parents : pourquoi me cherchiez vous ? Ne saviez vous pas que je me dois aux affaires de mon Père ? Chaque façon d’être avec l’enfant doit être unique. Ce travail d’incarnation nous impose de nouvelles responsabilités, préparer pour l’enfant une ambiance vitale pour son corps et pour son esprit. La pédagogie Montessori s’adresse à l’être entier, elle prend en compte la personnalité de l’enfant, pris en lui-même et pour lui-même et lui offre toutes les possibilités pour se développer en créant un milieu répondant aux besoins de son développement spirituel. Nous devons prendre conscience qu’en aidant l’enfant à se construire, nous aidons l’humanité toute entière à grandir, à progresser vers l’avenir de façon pacifique, dans le respect de la nature.. Maria Montessori « Nous pouvons améliorer la race humaine en aidant l’enfant à construire sa personnalité et à acquérir sa liberté morale. L’un des moyens pour y parvenir est l’éducation cosmique qui donne à l’enfant une orientation et un guide dans la vie. Car cette éducation a pour objectif de préparer l’enfant pour la tâche qui l’attend dans sa vie d’adulte, de façon à ce qu’il se sente à l’aise dans son propre environnement, dans lequel il lui faudra vivre plus tard, comme un être indépendant »

Périodes sensibles :
  de la naissance à 6 ans : le premier travail cosmique de l’enfant incarnation dans la matière, il prend possession de son corps et de son âme, il est animé par des énergies qui le poussent à grandir. C’est un esprit absorbant, il lui faut une éducation concrète L’enfant construit sa personnalité

  de 6 à 12 ans : l’enfant devient raisonnant, il prend possession de sa pensée C’est l’âge des grandes questions. Il va se sociabiliser L’imagination est le moteur de sa réflexion Il va naturellement chercher sa place dans l’univers L’histoire de l’humanité lui est transmise à travers 5 grandes histoires plus une, pour garder et cultiver la capacité d’émerveillement.

  organiser les connaissances

  trouver des réponses

  développer l’imagination

  travailler avec les autres

Les éducatrices font parcourir à l’enfant l’histoire de l’humanité pour qu’il mesure la place de l’homme dans l’univers et son interdépendance avec tout le cosmos à travers des grandes histoires. Cette éducation cosmique repose sur cinq grands récits et un sixième concernant le corps humain présentés chaque année aux enfants âgés de 6 à 12 ans. Ces histoires sont là pour que l’enfant garde et cultive sa capacité d’émerveillement. Par l’intermédiaire de ces histoires l’enfant peut organiser ses connaissances, comprendre l’interconnexion du monde, trouver des réponses à ses multiples questions et développer son imagination.

Les 6 grandes histoires :

  Histoire de la création de l’univers : physique, chimie, astrologie
  Évolution de la vie : de la cellule à l’organe, botanique, zoologie, va fabriquer volcans, agit pour pouvoir comprendre
  Hominisation : évolution longue et lente, histoire, biologie, sa propre histoire, quel est l’avenir de l’homme ?
  Histoire de l’écriture : histoire de la société, communication
  Histoire des systèmes numériques : symboles, système numérique, esprit scientifique, économie, religions, arts et compter va alors avoir un sens
  Le corps humain, "Le grand fleuve".

Grâce à ses récits l’enfant va comprendre profondément d’où il vient, où il en est et où il désire aller et que ce n’est pas la loi de la destruction et de la haine qui domine, mais la loi de l’équilibre et de l’amour En prenant en compte la dimension spirituelle de la personne, l’école Montessori doit donner non seulement des moyens de vivre mais aussi des raisons de vivre et solliciter l’enfant à donner un sens à sa vie. En regardant les enfants au travail, il vous apparaîtra immédiatement avec évidence la force de la spiritualité dans l’éducation que Maria Montessori propose aux enfants et vous verrez tout de suite en quoi sa méthode est propice, même dans une école laïque, au développement spirituel par sa valorisation du silence, de la maîtrise de soi et de la concentration. Une éducation soucieuse des phases du développement de l’enfant :
  0 ans à 6 ans : Petite enfance - 3 ans : Age de la conscience du moi

  6 ans à 12 ans : Enfance - 9 ans : Age moral

  12 ans à 18 ans : Adolescence - 15 ans Age social

  18 ans - 24 ans : Maturité - 21 ans Age politique

Evangile de l’enfance - Luc 2 : Versets 41-52

Jésus est présenté ici comme le Fils de l’Homme, venu accomplir le chemin de l’homme Comme Fils de l’homme, il nous montre les différentes étapes que nous avons à assumer

Au lieu de suivre ses parents et de se joindre à la caravane pour retourner à Nazareth, enfant âgé de 12 ans, il reste à Jérusalem sans les prévenir, ce qui génère l’angoisse de ses parents. Jésus a pris sa liberté et il est allé dans le temple où il écoute et interroge les docteurs. Ces deux attitudes de l’enfant Jésus sont pour nous très édifiantes. Elles expriment l’attitude du disciple, de celui qui désire connaître.

1- L’écoute L’écriture sainte nous invite à l’écoute. Dans les psaumes nous pouvons lire « écoute ton Père, et il t’instruira ». La grande prière du peuple juif est : « Écoute Israël »

La dimension de l’écoute est à mettre en résonnance avec la vigilance. L’instruction, l’éducation, l’enseignement supposent une écoute. Nous n’allons retenir que ce à quoi nous sommes attentifs

Tout chemin commence par l’ écoute et l’attention. La vigilance est la condition de l’éveil

Le fondement de toute ouverture vers l’intelligence (= faire des liens), vers la connaissance et la conscience, est la vigilance. Un disciple ou un élève qui veulent s’instruire doivent d’abord acquérir une qualité de vigilance et d’écoute.

Le Christ nous invite à « veiller et prier », à articuler la vigilance et la prière. Les deux sont liés.

La veille rime avec l’attention dont un des modes est l’écoute, l’écoute avec tout le corps. La lectio divina est une manière de se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu. Ecoute profonde, écoute de la Parole et du silence pour ensuite les laisser résonner en soi.

La lectio divina : c’est une lecture priante. Elle consiste à lire le texte à haute voix, ce qui rend au texte écrit son oralité. La dire à haute voix nous permet de l’entendre. Le lire 2 ou 3 fois en laissant de coté l’intellect, et se laisser alors toucher au cœur par une phrase. Puis la garder à l’intérieur, elle va faire émerger une expérience personnelle, une contenance particulière.

Puis se laisser habiter par cette phrase pour écarter la multiplicité des pensées et laisser cette phrase œuvrer en nous. Elle va simplifier l’intellect et le conduire vers le silence. Il s’agit de se laisser imprégner pour se laisser transformer.

La lectio Divina est un héritage de la tradition juive

Les premiers commentaires des textes ont été le fruit de la lectio Divina, Mais au lieu de continuer à pratiquer la lectio Divina, les anciens se sont attachés à l’étude des premiers commentaires pour ensuite faire des commentaires de commentaires. Donc nous ne faisons plus que répéter ce qui a été dit. Nous avons oublié que de notre propre fond peut surgir des merveilles. Nous portons en nous même bien plus que ce que nous pourrons apprendre. Cela nous demande de faire fructifier nos richesses et de savoir les gérer. De la même manière, il faut apprendre à l’enfant à faire confiance à ce qui émerge de sa propre conscience.

Jésus écoute et il interroge puis il OSE sa parole.

Il nous invite à faire confiance en la richesse qui est dans l’enfant Chacun porte une richesse magnifique qu’il s’agit de révéler, et de tirer vers le dehors.

2- Il interroge Dans la tradition juive, le plus important est de savoir poser la ou les bonnes questions. Adam : Comprend le mot « Ma » qui veut dire la question

Par la question, la personne se met en mouvement, la question exprime un désir de connaître, une soif, une quête. Jésus a des questions, il n’interroge pas uniquement pour découvrir la vérité, il interroge les personnes, leur expérience, la manière dont elles ont compris l’Ecriture Sainte. Il écoute et interroge les autres avant de donner sa propre réponse. Chacun a une manière unique d’exprimer une facette de la Vérité que personne ne possède pleinement.

« Tous ceux qui l’écoutaient étaient frappés de son intelligence et de ses réponses » . L’intelligence est la capacité de faire des liens. On peut se demander si Jésus ne se contentait pas simplement de mettre en lumière les propos des docteurs, de mettre en relation diverses affirmations pour montrer la profondeur du message.

Cela montre qu’en toutes choses, nous avons besoin les uns des autres. Nous avons besoin de silence et nous portons les réponses en nous-mêmes.

Françoise Dolto a dit cette parole qui trouve bien sa place ici : « le thérapeute c’est celui qui sait prêter une oreille à l’autre pour qu’il puisse s’entendre lui-même ».

Il ne s’agit pas de le voir comme un être extraordinaire, mais le prendre comme exemple. Ce qu’il a fait, nous pouvons le faire aussi. En interrogeant l’autre, est ce que je n’interroge pas l’être en moi ?