vue Sainte Croix

Compte rendu du séminaire Ecologie et Spiritualité - Juillet 2010-

"De la simplicité volontaire et/ou de la sobriété en question (s) ? par Jocelyne

De la simplicité volontaire et/ ou de la sobriété heureuse, en question(s) ?

Ecologie et spiritualité du 20 au 24 juillet 2010

S’interroger sur le libellé de la session, ouvre tout un champ d’interrogations et de réflexions ; car les deux expressions " simplicité volontaire " et " sobriété heureuse ", peuvent sembler comme des oxymores c’est-à-dire des termes opposés, accolés pour donner de la force et ouvrir sur des paradoxes.

La " simplicité volontaire " : On peut penser que la simplicité est une vertu faite d’authenticité, d’expression juste et droite de la pensée et du comportement, et qu’elle serait donc " spontanée". Si l’on entend par " volontaire ", ce qui relève d’un choix réfléchi et donc aussi d’une action qui peut être contrainte : si l’on veut être simple, c’est donc que l’on ne l’est pas spontanément ; si l’on est simple peut-on l’être " volontairement " ?

Lorsque l’on parle de " sobriété heureuse " : on associe une notion de modération, de tempérance, voire de restriction, d’austérité, à celle de bonheur qui implique un épanouissement, voire une exaltation de la vie. Comment peut-on parvenir à être " sobre et heureux ", ou " sobrement heureux ? " ou " heureusement sobre " ? Tout d’abord, si l’on en croit André Comte-Sponville : " Simplicité n’est pas inconscience, simplicité n’est pas bêtise : un esprit simple n’est pas un simple d’esprit ! Quoi de plus simple que la simplicité ? Quoi de plus léger ? C’est la vertu des sages et la sagesse des saints " in Petit traité des grandes vertus

Tout ceci est donc une invitation, grâce et par delà les paradoxes, à cheminer ensemble par le partage amical, lors d’une recherche en commun, chacun pour soi même et en même temps pour et avec tous. Et peut être d’essayer d’entrevoir et d’approcher cette vertu si mystérieuse, et sublime, qualifiée de " vertu des sages " et de " sagesse des saints " !

La première journée a consisté en une présentation, par Ludmyla, de l’école Montessori dont elle est l’instigatrice et la directrice, des principes pédagogiques et philosophiques qui la régissent. Bienheureux enfants qui peuvent se développer et apprendre selon un rythme personnel, tout en collaborant avec les autres ! La simplicité s’atteint lorsqu’on touche à l’Essentiel, lorsqu’on permet à l’enfant de devenir par étapes un être vivant conscient, autonome et responsable, capable d’action et d’engagement, tout en coopérant avec les autres.

Par delà ce bel exemple de pédagogie, qu’est-ce que nous pouvons en retirer de réflexion pour notre auto-éducation ?

La simplicité comme éducation du geste : Ce qui m’a frappé c’est l’importance du geste juste et précis, accompli par les enfants, avec un matériel pédagogique approprié, d’une beauté fonctionnelle.

Ceci permet de comprendre que " simple " ne veut pas dire " facile " ; le geste simple est celui qui va à l’essentiel, qui est adapté à son objectif, accompli avec aisance et concentration. Pour nous adultes, le cheminement vers la simplicité est une éthique qui consiste à chercher le geste le plus juste, ceci, tant sur le plan proprement gestuel, que comportemental, que relationnel. C’est une démarche de lâcher prise, par rapport à tout ce qui fait écran à cette simplicité : le manque de savoir faire pratique, les blocages psychologiques qui embrouillent les relations, la confusion mentale qui empêche de penser les problèmes clairement, et beaucoup plus profondément, la coupure avec l’Etre profond qui nous projette dans une course à l’avoir et à des considérations sociales assez vaines.

Un retournement est donc nécessaire par un travail sur soi même pluri-dimensionnel. Lorsqu’on arrive à sentir en soi-même l’Etre profond, l’essentiel apparaît et la simplicité véritable en découle. C’est sans doute ce que l’on appelle retrouver " l’enfant intérieur ", ce qui ne veut pas dire " être puéril " ni " retomber en enfance " ; c’est assumer le paradoxe l’une innocence mature et lucide qui s’est débarrassée de tous les faux semblants, après les avoir expérimentés et déjoués. C’est accepter d’assumer sa différence face au groupe, dont le mot clé serait " OSER " : oser dire ce que l’on ressent, ce que l’on pense, laisser apparaître ce que l’on EST ; prendre le temps de l’écoute et de la présence à soi-même, aux autres et au monde ; travailler le " comment dire ", qui suppose de la bienveillance ; s’ouvrir à la nouveauté.

Le deuxième jour, nous avons eu la joie de rencontrer, de découvrir et d’écouter Jean Baptiste, de l’Arche, engagé dans des actions non violentes, nous ouvrant plus directement sur une réflexion sur l’action et l’écologie environnementale. De son témoignage tellement vivant et humain, nous pouvons retenir les expressions les plus percutantes : " poser des actes vrais " ; " établir et maintenir des LIENS " " voir l’humain dans l’homme " par delà le personnage et les actes. Tout ceci résultant d’une attitude intérieure droite ; mais aussi de prises de conscience de la réalité de la puissance de l’idéologie du " Marché ", desquels la science et le droit sont devenus des instruments visant à déréguler les protections de tous ordres pour qu’ " il " puisse continuer à fonctionner.

Ceci nous interroge : dans quel monde nous voulons vivre ? quel avenir désirons nous mettre en œuvre ? et comment chacun, à son niveau, envisage-t-il l’action ? Il y a d’abord la prise de conscience de la situation réelle de l’agriculture et de l’élevage extensifs, de leurs méthodes mortifères et inhumaines, de l’urgence des problèmes liés aux OGM et au brevetage de la vie. Ces prises de conscience sont possibles grâce à une sensibilité intelligente ou une intelligente sensible, qui est l’expression de l’Esprit.

A partir de cela, il y a plusieurs possibilités :
  " les petits pas " : agir, acheter de manière consciente en sortant le plus possible des grands circuits de distribution, en favorisant les productions locales de qualité etc ; en constituant des réseaux d’information, de diffusion, de solidarité, en favorisant les circuits reposant sur une éthique de vie et de partage.

  les actions non violentes à visées politiques, pour éveiller les consciences, contribuer à faire évoluer les lois vers plus de justice et de protection du vivant et des citoyens. Bien qu’il ne faille pas sacraliser la non violence, ni en faire un absolu. Face à cela, chacun est interrogé sur ce qu’il se sent prêt à faire et à assumer en fonction de ce qu’il est, de là où il en est et de l’environnement humain et naturel dans lequel il vit.

Le troisième jour, grâce à l’intervention de Marc, nous avons pu interroger et approfondir la notion d’écologie. Ce terme vient du grec " oikos " : maison. Depuis la Renaissance la pensée et la science occidentales ont fonctionné selon une logique analytique qui a découpé, disséqué en éléments les ensembles, afin de les connaître objectivement. On a perdu ainsi le sens de l’ensemble vivant dans laquelle l’homme a une place étonnement concordante. L’écologie, vue comme pensée philosophique a introduit la notion d’écosystème, c’est-à-dire d’un ensemble complexe de parties en interactions permanentes et donc solidaires les unes des autres. Cette approche peut nous ouvrir sur une pensée cosmique par la compréhension des grandes lois ontologiques universelles qui sont celles du Vivant, mais aussi celles auxquelles l’homme doit apprendre à se conformer et à respecter lorsqu’il cherche à vivre conformément à l’Etre. C’est ainsi que la réflexion écologique peut prendre sens, lorsqu’on s’interroge sur notre place et action en qualité d’être humain véritable et non de prédateur d’un ensemble vivant en souffrance. C’est pourquoi, l’écologie a un sens et une portée limités lorsqu’elle est appréhendée seulement de manière matérielle.

On peut en distinguer 3 dimensions :
  l’écologie personnelle qui est l’éthique en fonction de laquelle on vit, on consomme, qui inspire les motivations pour vivre sobrement etc
  l’écologie sociale, qui est la manière d’établir des Liens avec les autres, la solidarité, le partage
  l’écologie environnementale qui concerne l’habitat et le rapport à la nature.

Notre maison, notre logement sont une image de notre " Moi ", de ce qu’il est en apparence et en profondeur. Le logement est ce qui grève le plus un budget, qui entraîne aujourd’hui des emprunts qui peuvent hypothéquer les enfants, par leur durée. La spéculation fait que les enfants ne pourront pas toujours continuer à vivre là où vivaient leurs parents. Tout ceci fait qu’il convient de changer d’optique. Marc a suggéré une possibilité peu onéreuse en contractant des baux emphytéotiques pour 99 ans pour le terrain. C’est la possibilité d’occuper une terre contre une somme modique. C’est assez facile à trouver pour l’agriculture, plus difficile pour édifier une maison, mais pas impossible. Une maison en paille peut être édifiée avec des matériaux biodégradables, pour une durée de 25 ans environ. Tout ceci pose le problème de notre attitude face à l’avoir : cela nous importe-t-il de savoir occuper un terrain pendant 99 ans, sans en être propriétaire, alors qu’à la fin du bail, nous serons morts ? Qu’est-ce que l’héritage ? Qu’est-ce que nous voulons transmettre à nos enfants ? Est-ce avant tout une éducation à la véritable liberté, leur permettant de devenir ce qu’ils peuvent Etre, ou, au contraire, une transmission essentiellement matérielle ?

Ces journées ont été initiées par des méditations, des exercices corporels doux et subtils avec Elianthe, éclairées par des lectures et commentaires de l’Evangile avec Père Philippe : " Jésus interroge les maîtres du temple " ; " Le Sermon sur la montagne " ; " la multiplication des pains ".

Pour Père Philippe, la situation actuelle ne pourra trouver une issue sans une métanoïa, et sans mettre en place une éthique de responsabilité. Nous sommes confrontés à des questions essentielles : quelle est la finalité de l’homme ? En fonction de quoi vit-on, que recherche-t-on ? Tout devient simple lorsqu’on retrouve le Lien avec la profondeur, lorsqu’on goute à la source par une " métanoia ". La vie est au cœur du monde, mais le monde n’est pas la vie ; elle emplit tout et elle est partout présente.

Il s’agit d’apprendre à exprimer la vie, à devenir un être vivant, en relation avec les autres et en communion avec la nature ; faire tomber l’écaille des yeux et se dégager des nuages psychiques.

A partir de tout ceci, on comprend l’importance de l’attention, de la présence à soi, aux autres et à l’extérieur, de la disponibilité, de l’ouverture à la nouveauté, car " le pire n’est jamais sur " ; et comme dit Edgar Morin, l’improbable peut surgir à chaque moment, dans un mouvement de métamorphose, ne résultant plus d’une logique déterministe linéaire. Le mouvement se découvre en marchant...

Si l’on ajoute les repas bio préparés avec attention et amour, l’amitié, le partage fraternel, on comprend que ces journées furent un laboratoire, une alchimie subtile vers plus de simplicité et de sobriété heureuse.

Merci à tous

Jocelyne